MANUSCRIT VOYNICH MS 408

CONCLUSION

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Le manuscrit Voynich a traversé plus de cinq siècles d'histoires, avec une vie propre, celle de sa rédaction, celle de son influence, de sa découverte et des tentatives de déchiffrement. Le temps dévoilé est le fruit d'une recherche globale et d'un recul suffisant pour lire ce manuscrit sans l'avoir même déchiffré. Cela est un peu paradoxal, mais c'est pourtant le cas. Les historiens des sciences, les philosophes, les médiévistes ont été finalement plus influents, indirectement, à l'étude du manuscrit Voynich. Ce n'est pas tant l'écriture déchiffrée qui compte que la genèse de ce manuscrit, son voyage en Europe et dans le temps.

Le contenu alchimique est évident et nous l'avons expliqué. Que la description ou la recette prenne telle ou telle forme, ou tel ou tel contenu n'est en définitive pas important car l'on sait que l'élixir donnant la vie éternelle n'existe pas. Le théorème de Fermat, notre image en début de livre, n'est pas identique mais si le temps a été le même pour parvenir à sa solution. Fermat avait écrit dans la marge qu'il avait trouvé la solution au théorème, mais faute de place ne l'avait pas rédigée. Il y avait une science dure, le calcul mathématique. En alchimie par contre, dont l'ésotérisme est la clef de rédaction, nous dirions même que tout auteur moderne un peu créatif soit-il pourrait produire un texte à visée alchimique sans qu'il puisse y avoir de recette concrète. Si nous écrivons par exemple : "la mandragore, effeuillée et puissante, sous la lumière d'un temps sidéral de la troisième décade d'un printemps proche de l'équinoxe, par une divine proportion céleste donnera son nectar subtil...", cela aura-t-il plus de force et de véracité que "les racines de l'aubépine mordorée par trois fois l'an prendront force et vigueur dans un humus imbibé d'une eau pure décantée à l'aube d'une journée de pleine lune donneront un nectar subtil...".  Les deux phrases sont claires, intelligibles, alchimiques (nous ne sommes pas alchimistes mais l'avons médiocrement imité) et pourtant, la réalité de la lecture ne produit rien en terme d'élixir de longue vie. Quand on sait que les vrais textes alchimiques sont absolument (et volontairement) hermétiques, le contenu importe finalement peu. Avec nos yeux contemporains, c'est bien l'intention qui prime, les objectifs visés et la finalité du texte.

Qu'aurait été un texte alchimique déchiffrable ? Une banalité, une indifférence. Un texte crypté dont on devine l'organisation alchimique, cela devient alors un mystère, un intérêt, une source de pouvoir. Car à l'époque, rien n'était forcément obligé d'être expliqué (les dictionnaires et encyclopédies sont venus bien plus tard). Les images parlaient d'elles-mêmes, avoir une histoire propre. Les plantes, les humeurs de vie, les signes du zodiaque, la recette alchimique elle-même suffisaient dans leur forme visuelle pour savoir ce dont on parlait.

L'alchimie de nos jours est mystérieuse, mais pas au moyen-âge. Ce qui était mystérieux à cette époque n'était pas un texte alchimique en tant que tel, mais un texte alchimique dont on ne pouvait pas en lire le contenu venant renforcer la véracité de la recette en elle-même. C'est le paradoxe : le secret renforce alors la véracité.

Le temps dévoilé du manuscrit Voynich est celui du temps où il s'inscrit dans sa rédaction, dans une époque et un contexte historique. L'Europe et le monde s'ouvraient, les livres, mais rares, voyageaient, se copiaient. Les mariages, alliances, rapprochements des maisons princières, royales, ... portaient aussi la richesse matérielle, et les livres circulaient.  A la mort de Rodolphe II, il est montré que sa bibliothèque a été éparpillée aux quatre coins de l'Europe. Il n'est donc pas étonnant qu'un monastère italien l'ait eu, l'ait reçu, l'ait gardé dans son patrimoine.

Et c'est aussi le temps dévoilé qui a fait naître des projets de recherche, Wilfrid Voynich, William Newbold, Mary d'Imperio et plus récemment bien plus de monde, des passionnés plus que des chercheurs.

Dans nos environnements techniques, technicistes, informatisés, numérisés, il n'est pas étonnant que l'approche du manuscrit ait été quantitative, et d'utiliser ainsi les outils à tous niveaux, pour trouver une solution au déchiffrement des caractères et du texte. Mais c'est le temps qui aura raison du manuscrit, ce temps qui nécessite une retour aux sources, d'être lu avec les yeux d'un homme du XV ou XVIe siècle. Le temps enrichit certes, mais le temps déforme ou dilate l'information. Nos générations à venir auront mille fois plus d'informations sur tout... mais l'histoire existera toujours, celle où le temps remplit son rôle.

La longue étude sur les codes possibles au moyen-âge montrait que la notion de secret était bien réelle. Le divin, le mystérieux, l'alchimie, les croyances faisaient partie du temps vécu. Le secret commençait à prendre forme en dehors des contraintes et contingences militaires. L'alchimie pour nous est mystérieuse, envoutante, source d'un retour aux mystères de la vie que nous n'aurions pas exploités. Au moyen-âge, elle était commune (même si réservée à quelques expérimentateurs). Le secret quant à lui devenait une science, et ainsi combiné avec un texte alchimique, le résultat était bien plus qu'un texte caché, qu'un texte protégé, il devenait une arme de protection, d'influence et de pouvoir.

Au-delà de cette démarche littérale et informatique combinée, la question est de savoir si le texte est ou non chiffré. Notre avis est qu’il ne l’est pas, qu’il s’agit d’une écriture spontanée, maitrisée, mais totalement inventée. Le but de cette écriture inventée était suffisant en lui-même : faire croire à l’empereur Rodolphe le contenu d’un puissant secret permettant une vie éternelle. Le contenu importait peu car il était lisible : une recette complète basée sur les plantes, les « humeurs » vitales en conjonction optimale (le terme est trop contemporain) avec les astres. Combinés ensemble, l’élixir serait produit. Or comme aucun élixir de cette sorte ne peut exister, le secret doit rester plein et entier, et ne peut être déchiffré. Imaginons qu’il le soit. Il y aurait alors la possible réalisation de cet élixir… qui même long à produire s’agissant de l’influence des planètes (dans le manuscrit) montrerait qu’il ne rajeunit pas. Et son auteur serait alors poursuivi ou écarté de la cour… ce qu’il n’aurait jamais souhaité, pour des raisons évidentes. Faire croire à Rodolphe II qu’ils étaient deux à détenir une vérité au-dessus de Dieu suffisait. Le secret absolu faisait gagner du temps, et n’entamait pas la confiance du souverain. Détenir un secret au-dessus de Dieu était l’apogée d’une vie d’empereur, car ce secret était contenu dans une recette, donc applicable.


 

 

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