MANUSCRIT VOYNICH MS 408

L'INTENTION REELLE DE L'AUTEUR DU MANUSCRIT

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Il faudrait ici se livrer à un exercice de fiction, que nous essayerons d’être toutefois le plus proche de la réalité, ou d’une réalité historique, celle que l’on découvre en analysant complètement le manuscrit, son style, et son époque. Tout ce qui nous est donné à voir doit nous permettre de relier entre elles des données historiques et comparatives, que seule une personne historiquement postérieure au siècle de l'auteur peut révéler.

Il faut ici résumer quelques situations importantes :

Malgré quelques siècles d’écart entre le manuscrit et par exemple ceux de Luigi Serafini ou de Timothy C. Ely, l’intention de l’auteur reste identique : exprimer un savoir (absolu ou relatif), le communiquer afin de dire qu’il existe, mais ne pas le faire comprendre au commun des mortels : le savoir et le pouvoir sont  intimement liés, de façon explicite et implicite. Ce savoir n’est pas forcément divin.
Le second point, qui est lié aux deux auteurs contemportains ci-dessus cités est celui d’un roman policier... ! Combien de fois n’entend-on pas dire : « l’assassin revient toujours sur les lieux du crime », ou bien « l’assassin a laissé, d’une manière ou d’une autre, la trace, l’empreinte de son crime ». Ils ont tous deux introduit des indices. Ceux-ci sont des mots alphabétiques, qui, même s’ils ne nous aident pas à résoudre l’écriture, nous indiquent qu’il y a bien deux écritures. Et partant de cette idée, que l’écriture cachée est inventée, secrète, fictive... l'indice donne une clef, une réponse sous forme de clin d'oeil, une signature propre à l'artiste qui veut montrer à son égal un sésame de déchiffrement.

Or, dans le manuscrit Voynich, la présence de l’auteur n’apparait pas, à aucun moment (a priori). Un dessin de plante dont la racine est une tête humaine, n’est pas suffisamment clair pour y déceler une marque de fabrique. Il est vrai que l’Université de Yale n’a pas l’entièreté du manuscrit, et qu’une clef pourrait éventuellement se cacher dans les quelques pages manquantes. Etant donné que nous ne pourrons jamais le savoir, considérons que l’auteur ne s’est pas laissé transparaitre dans la rédaction du manuscrit.

Le second point concernant la cryptographie du texte : si le manuscrit était réellement crypté, afin qu’il soit diffusé, ne fut-ce qu’à une seule personne, il aurait fallu une clef. Or, à ce jour, les études contemporaines ont échoué sur l‘analyse cryptanalytique la plus probable à la période de Moyen Âge ou de la Renaissance. Ainsi, écrire un manuscrit, sur un sujet éminemment important (l'élixir de longue vie), sans en laisser le code de déchiffrement revient à garder pour soi le secret. Or, s’il devait le garder pour lui, quel intérêt aurait sa « découverte » ? Si cela était de le cacher à l’Eglise, alors celle-ci n’aurait rien à craindre puisque le sujet est crypté, donc personne ne pourrait le lire, ni y déceler des propos blasphématoires et ainsi rentrer en opposition avec les Saintes Ecritures.

Le fait qu’il y ait possiblement deux auteurs dans ce manuscrit, deux styles d’écriture, signifierait soit que l’auteur a entrepris une tâche et s’y est consacrée bien des années après, ou qu’il a appris à un apprenti la pierre philosophale (sa "recette") en lui transmettant son savoir, à charge pour cet apprenti de le comprendre et de le garder pour, par la suite, faire de même, et le transmettre dans le plus grand secret, soit qu’il fut éminemment moderne, et qu’il a réalisé de toute pièce une mystification.

Nous avons dit qu’il ne s’agissait pas d’un fou littéraire, mais peut être s’agissait-il d’un illuminé, d’un génie auto-proclamé, n’ayant foi qu’en lui, pensant détenir le secret, le pouvoir. Certes, mais alors, pourquoi a-t-il introduit des plantes irréelles ? Autant l’écriture peut être masquée, autant la réalisation de la pierre philosophale avec des plantes inexistantes n’en rend la tâche que plus difficile voire impossible. L’écriture est masquée, les plantes sont irréelles, et pourtant l’auteur se rattache aux croyances du moyen age sur la circulation des fluides de la jeunesse avec les plantes pour créer un élixir de longue vie.
Il pourrait aussi s’agir d’un auteur pensant connaitre la pierre philosophale, la méthode pour y arriver avec ses contraintes et ses recettes, mais que l’application concrète ne pourrait se faire qu’avec certaines plantes, qui, lors de leur découvertes, pourront alors constituer le chainon manquant et produit l’élixir de longue vie.
En replaçant le manuscrit à l’époque des grandes découvertes, pour celui qui n’y participe pas, qui entend les récits, qui pense que la route de l’or (eldorado) est synonyme d’alchimie, alors la recette secrète, ne prendra son sens et son application qu’avec les plantes que trouveraient les explorateurs.

Une autre piste nous a amené directement à Rodolphe II, à Prague. Ses gardes faisaient la chasse aux charlatans, aux faussaires, qui auraient pu approcher l’empereur, sans être expérimentés et auraient trompé celui-ci. Comment approcher l’empereur, lui, si crédule, autrement que par un traité alchimique déjà rédigé, presque complet, répondant parfaitement aux idéaux de l'empereur, idéaux, convictions, préoccupations,... ?. Livrer à l’empereur un premier écrit, puis travailler à sa cour à la réalisation de l’élixir de longue, et enfin terminer l’oeuvre écrite (nous savons que l’oeuvre a été rédigée en deux temps), cela pourrait avoir tout son sens. L'auteur travaillant à la cour de Rodolphe aurait alors la protection du pouvoir car proche de lui.

Nous nous trouverions donc devant un auteur, à la charnière d’un siècle où le moyen âge était encore très présent, mais dont l’ouverture au monde, confirmait une nouvelle modernité : les découvertes allaient offrir de nouvelles ressources, et enfin, l’élixir de longue vie allait poindre. Il fallait donc garder le secret, la recette, les méthodes, ... afin qu’au jour où des explorateurs allaient ramener des plantes décrites dans le manuscrit, la pierre philosophale s’imposerait et réussirait la vie éternelle.
Si cette hypothèse était confirmée, alors le texte aurait du sens, le seul élément manquant, énigmatique, étant les plantes, la confirmation future d’une recette trouvée par un alchimiste sur de lui et de sa vérité.

Il nous faut aussi citer un paragraphe du « Livre des grimoires » de C. Lecouteux. Nous prenons la liberté d’assimiler le manuscrit Voynich à un grimoire dans le sens où il est une recette alchimique, baigné d’actes magiques où les mots, les images et la nature sont mis en concordance pour produire la pierre philosophale. « Lorsqu’on est confronté à un grimoire (…) le plus difficile est d’en comprendre le sens car, la plupart du temps, ceux qui les ont composés ont codé leur texte ou leur gravure en utilisant des formules obscures, dont il n’est même pas certain qu’ils surent, eux-mêmes ce qu’elles signifiaient. Le profane est ainsi confronté à une succession de lettres latines, grecques ou hébraiques, souvent mélangées les unes aux autres, à des noms barbares comme on disait au moyen-age, et inconnus. (…) En outre, le cryptage des données importantes est destiné à empêcher la divulgation du secret et son utilisation par n’importe qui ».

Vendre à Rodolphe le manuscrit, ou travailler pour lui était une garantie de sa protection pendant de longs mois ou années. Quoi de plus rassurant que d’obtenir argent, pouvoir, protection et influence auprès d’un souverrain qui recherche ce que l’un possède (a priori), sans que le souverrain, crédule, ne sache que l’éternelle jeunesse n’existe pas. La folie humaine fait bien pire que la raison. Les hommes sont prêts à tout pour ne pas mourrir, comme une constante dans l’histoire de nos civilisations judéo-chrétiennes. Rodolphe II a du tout faire pour tenter d’obtenir cet élixir de jouvence, de jeunesse, de vie éternelle, quel qu’en fut le prix (il était souverrain d’un état « riche » et pouvait se le « permettre »). Quelle bonne perspective pour l’auteur de trouver un echo, des moyens, une sécurité à celui qui ne voulait pas mourir. Offrir une recette en « clair » était vouer l’auteur à ne vivre à la Cour que peu de temps ; la cacher était une prouesse et d’une intelligence dignes de notre chère Pénélope qui détricotait chaque nuit ce qu’elle faisait le jour pour repousser l’échéance des prétendants.

Le texte est donc une synthèse extra-ordinaire (hors de l'ordinaire) qui réconcilie de manière très constructive les humeurs vitales, les plantes pour donner de la force, de la consistance au fluide, et l'influence astrologique pour terminer le cycle de production de l'élixir de longue vie, la pierre philosophale, qui va bien plus loin que la seule transformation du plomb en or ; la vie est plus sacrée que l'or. De nos jours, ces obsessions restent toujours présentes : rajeunir, cryogénisation, réduction des effets du vieillissement... tout cela n'a pas perdu de sa consistance au fil des siècles, pouvoir ou non.

 

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