MANUSCRIT VOYNICH MS 408

D'AUTRES QUESTIONS UTILES

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L’AUTEUR DU MANUSCRIT ETAIT-IL CROYANT ?

Il est nous est naturel de poser cette question. En effet, il aurait pu laisser des traces, des signes, des symboles montrant qu’il était plutôt d’obédience chrétienne, protestante, juive ou musulmane. Nous ne pensons pas à un croyant musulman, de part l’écriture qui va de gauche à droite, et parce que les représentations humaines sont proches des représentations post-romanes (peut être byzantines).

Les représentations zodiacales ne sont pas à même de déterminer si notre auteur était ou non croyant. L’Eglise à cette époque n’avait pas fait sienne les représentations zodiacales. Nous pensons que notre auteur était peut être croyant, mais que sa foi dans des phénomènes naturels, combinés entre eux, le laissait libre par rapport à la religion. Là où nos sociétés sont technicistes, cartésiennes, pragmatiques... les périodes plus éloignées laissaient une place à la magie, l'alchimie, non pas sous un angle satanique ou démoniaque, mais fruit d'une recherche empirique naissante laissant voir des possibilités de plus en plus grandes pour créer des nouveaux mélanges pour l'homme lui-même ou ses besoins quotidiens : plantes, médecine, prévisions...
Nous n’avons aucune trace dans les feuillets montrant une religiosité cachée ou avérée, confirmant ainsi le caractère profane ou sacré du manuscrit.

L'on pourrait objecter que le texte secret pourrait contenir le nom de Dieu mais cela est rendu hautement improbable car parler de Dieu sans autre représentation chrétienne ne serait justement pas très chrétien. Dieu n'est pas une appellation incantatoire pour des recettes alchimiques. Non, ce texte n'est en aucune façon religieux, mystique ou divin.


DES HOMMES ET DES FEMMES

Il ne nous faut laisser échapper aucun détail, et nous interroger sur le point de savoir si l'auteur du manuscrit était une homme ou une femme, et d'y voir plus clair sur les représentations humaines que l'on découvre au fil des pages.

Sur le premier point, aucune trace, aucun indice ne permet de répondre à cette question. Le manuscrit nous semble neutre sur ce point.

Sur le second point, nous trouvons essentiellement, voire exclusivement des représentations féminines dans les différents feuillets. Il n’y a aucun doute car les représentations humaines sont nues.
Il pourrait y avoir quelques représentations masculines, mais elles sont marginales, et fondues dans les autres dessins ne rendant pas ces particularités suffisamment importantes pour en dégager une quelconque conclusion sur ces petites exceptions.
Il s’agit donc de femmes, de jeunes femmes. Pourquoi alors, dans notre hypothèse d’élixir de longue vie, l’éternelle jeunesse, serait féminin. Les jeunes hommes ne pourraient avoir une essence de « jeunesse » ? Bien sur, et même si l’image de la fertilité est en général masculine car phallique, il n’en reste pas moins que les êtres humains dans le manuscrit sont féminins. La fertilité est masculine, mais la fécondité est féminine. L’enfantement est féminin, ce sont les femmes qui engendrent les enfants, donc la jeunesse car la vie est créée.

Nous voyons toutes ces femmes nues, avec un ventre plutôt proéminent. Est-ce à dire qu’elles sont enceintes ? C’est une possibilité très sérieuse, car les représentations astrologiques, de coordinations des signes zodiacaux entre eux peuvent contribuer à mieux faire réussir « la recette » (médiévale). A une époque moderne où les critères esthétiques des femmes sont entre autres la minceur, faire le parallèle entre des femmes bien en chair, et leur possible maternité pourrait être une erreur de jugement. Mais le contexte fait que l’auteur reste cohérent dans son objectif d’écrire un manuscrit, une recette quelconque, et ce qui l’emporte reste son idée : des jeunes femmes (avec leurs seins bien formés et non « déformés » à un age plus avancé), rondes parce qu’enceintes ou portent l’idée qu'elles pourraient l'être. Pourrait-on penser que les femmes du Moyen Âge (ou de la Renaissance) étaient (presque) toutes bien en chair parce qu’elles n’avaient pas forcément les mêmes critères esthétiques que maintenant ? A une époque éloignée où la nourriture, pour le commun des mortels, n’était pas abondante, la grosseur n’était peut être pas la principale caractéristique des (hommes et) des femmes. Le travail de la maison, des champs, éprouvant, n’était pas de nature à produire des hommes et des femmes rondelets.

Les cheveux longs seuls pourraient aussi montrer qu’il s’agit de femmes, mais l’auteur a voulu renforcer également la représentation féminine par le dessin systématique des seins. Non pas qu’ils devaient être cachés à l’époque dans les représentations picturales, mais ils sont peut être là pour renforcer la féminité des personnes, mais aussi le caractère maternelle (maternité) des femmes.

Cette discussion sur la féminité des personnages renforce notre idée d’une recette médiévale d’élixir de jouvence dans laquelle les « humeurs » de vie étaient essentielles à un plan global.


L’AUTEUR : UN « FOU » LITTERAIRE ?

Un « fou littéraire » est un écrivain produisant des sujets considérés comme très décalés, étranges, atypiques, sans toutefois que ce soit une intention première de sa part.

Cette question du « fou littéraire » revient assez souvent auprès de ceux qui de prime abord n’ont pas tous les tenants et aboutissants du Manuscrit. En effet, ils caractérisent très vite le manuscrit comme étant une parmi tant d’œuvres volontairement créées dans une atmosphère de mysticisme conditionné.

Mais ici, nous voulons savoir plus précisément si le manuscrit, de près ou de loin, a un sens, même si ce sens n’a pas de réalité concrète. En d’autres termes, si le manuscrit relatait bien une recette alchimique pour fabriquer un élixir de longue vie, l’on comprendrait qu’il y ait une recette, des composés et un résultat. L’élixir de longue vie n’a pas de réalité intrinsèque, car aucune recette n’a jamais été réalisée ou du moins n’a abouti ou été démontrée (même les plus grands laboratoires pharmaceutiques !). L’auteur a eu réellement ’intention de décrire une recette, et cela a eu pour lui un sens.

Un « fou » littéraire, un mystificateur, aurait-il eu l’intention décrire une telle recette, en sachant pertinement qu’il s’engageait dans un faux, dans une abstraction ?  Il lui aurait fallu alors être constant sur plus de 250 feuillets tant sur l’écriture que sur la cohérence des dessins et de l’écriture, et des dessins entre eux. Produire une œuvre complète et cohérente si grande, juste par jeu ou divertissement graphique ? Ce n’est pas notre piste de travail.

De plus, faudrait-il tant de travail, de détails pour (se) montrer qu’il s’agissait d’un travail de mystification ? Sur une recette de la pierre philosophale, l’on pourrait admettre, parmi la multitude des textes, recettes et études alchimiques qu’il puisse y avoir des faux, par moquerie, par jeu, ou autre motivation d’intégration dans un groupe alchimique. Et encore, il faudrait sufisamment de clairvoyance pour un rédacteur du Moyen Âge pour prendre du recul par rapport aux idées de son époque. Ce rédacteur est un érudit : il nous parle de plante, d’humeurs vitales, de signes zodiacaux, d’une recette. Pourrait-on à cette époque être scripteur, érudit, et avoir un recul tel que l’œuvre produite soit dès sa création emprunt d’une volonté de jeu ? De nos jours, cela ne poserait aucun souci pour tous les moyens de diffusion existant rendant plus crédible un travail volontairement décalé. Les fous littéraires (voir le livre André Blavier à ce sujet, Editions des Cendres) apparaissent bien plus tard dans la littérature, mais ceci n’est cependant pas une raison pour écarter la présence d’un fou littéraire dès le Moyen Âge, même si répétons-le ce n’est pas une piste.

La présence d’un ouvrage de mystification n’aurait d’intérêt que s’il était amené à être diffusé, c’est-à-dire à servir peu ou prou de provocation aux lecteurs de tels ouvrages, et aussi aux auteurs de ces mêmes disciplines alchimiques. Or, diffuser un ouvrage qui pourrait pour la communauté religieuse catholique être considéré comme hérétique, contre la grandeur et la puissance de Dieu, serait non seulement mis à l’index, mais provoquerait pour son auteur des sanctions très dures, voire le lancement d’une procédure d’inquisition. Rendre le texte secret, et ne pas y déceler d'autres liens que floraux et zodiacaux permettait à l'auteur d'être plutôt protégé en cas d'action de l'Eglise à son encontre si le manuscrit avait du être découvert.

Dans ce contexte, la présence de textes mystificateurs à cette époque, parce qu’elle est précoce, parce que le contexte religieux était très contraignant, nous semble ne pas correspondre à ce que nous voyons dans ce manuscrit.


D’AUTRES IMAGES IDENTIQUES ?

Dans le livre d’Alexander Roob (« Alchimie et Mystique), très richement illustré, p.36, d’un dénommé Janus Lacinius Pretosia Magarita, XVIe siècle, est figurée une représentation assez proche du manuscrit Voynich, qui en dehors de l’absence d’écriture, aurait pu se fondre sans détonner, dans les feuillets présentement étudiés. On y retrouve aussi des nymphes nues, et des animaux dont le trait reste proche du manuscrit Voynich.

Dans ce même livre, p.194, se trouve une représentation alchimique dans laquelle on trouve des bains, des creusets, un feu pour chauffer, une femme (nymphe) nue dans une bassine en bois, des enfants (qui seraient la représentation humaines de métaux), et... partout sur la page, un texte... cette fois-ci en clair, non chiffré.

Il faut avouer que certains signes ou dessins isolés peuvent avoir une ressemblance avec d'autres manuscrits ou représentations graphiques. Cela suffit-il à attribuer le manuscrit Voynich à celui dont on pourrait trouver quelques ressemblances ? Il faudrait une preuve formelle et irréfutable.
Toute la communauté de passionnés autour du manuscrit cherche avec internet des images, livres et images numérisés, en restant chez soi, derrière son clavier. Si la recherche et l'histoire se pratiquaient ainsi, ca se saurait. La recherche d'une solution plausible voire réelle impose une documentation fouillée, croisée et international.
Ce n'est qu'en recoupant données entre elles que peut se forger une intime conviction...

 

 

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