MANUSCRIT VOYNICH MS 408

UNE NOUVELLE METHODE DE DECHIFFREMENT

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Difficultés

Nous pensons que les notions de cryptographie au moyen age (et à la Renaissance) n’avaient pas la puissance créatrice des derniers codes du XXe siècle. Des cryptanalystes depuis des décennies ont appliqué les méthodes traditionnelles (mais néanmoins puissantes) sur le texte brut. Aucun résultat. Même si les méthodes sont « traditionnelles », il n’en reste pas moins qu’elles sont diverses, solides et ont fait leurs preuves. « Traditionnelles » car le code utilisé ne pouvait qu’être classique : la cryptographie asymétrique, à clef publique… n’a été inventée qu’après la seconde guerre mondiale, pour des usages liés à la qualité de l’information, à la densité de celle-ci, et à des impératifs économiques et techniques d’évolution des processus scientifiques.
L’analyse des fréquences n’est pas non plus suffisant pour se lancer dans le déchiffrement par les méthodes classiques de substitution ou de transposition.
Il pourrait s’agir aussi d’un texte utilisant la stéganographie. Il s’agirait alors de trouver un texte caché dans un autre texte, avec difficultés importantes, voire insurmontables. L’auteur aurait alors à travers un modèle appliqué sur chaque page des lettres formant des phrases ayant un sens, et entouré ces lettres d’autres lettres inventées pour les confondre dans la masse.
Il faut aussi avouer que les méthodes appliquées à ce jour ont été réalisées par des anglais, des américains, des australiens, et qu’ils ont pris en référence leur langue maternelle, et le latin. L’analyse des fréquences s’est faite aussi sur la base d’un curieux mélange de textes d’époque, de textes contemporains…
Où sont les autres langues européennes, dans lesquelles le Manuscrit aurait pu être rédigé ? Il y a là un travail important.

Un autre difficulté est de savoir si le texte est caché à un simple ou à un double niveau. Par simple niveau, il faut entendre que seule la cryptographie cache le texte, et en le décrytant, tout s’éclaicirait. Ou à un double niveau, c’est à dire que le texte déchiffré ferait ressortir un texte mystique, de même nature de très nombreux textes alchimiques dont les recettes sont cachées à travers une phraseologie secrète, connue des seuls savants et alchimistes.

Travail de prédécesseurs

La littérature qui détaille les tenants et aboutissants du manuscrit est relativement peu abondante, y compris dans le milieu scientifique. Pour certains, l’explication est que le manuscrit ne fait pas partie du programme de recherche d’un organisme gouvernemental ou universitaire, et ainsi, sans moyens financiers importants (temps-homme, ordinateurs, recherches en réseaux….), seuls les « amateurs » éclairés et passionnés continuent la recherche. Le manuscrit est dans le milieu scientifique une forte coloration alchimique, et donc se trouve à l’écart de recherches fondamentales ou technologiques. Mais il y a un fait objectif en matière scientifique, c’est non pas le déchiffrement de symboles alchimiques, avec un possible langage ésotérique, mais le déchiffrement d’un nombre important de feuillets d’une écriture dont nous ne connaissons pas le sens littéral.

Les diverses tentatives de déchiffrement évoqués dans les pages précédentes sont le travail d’individualité, de chercheurs… dont les conclusions écrites sont peu nombreuses. Nous laisserons de côté le travail contesté maintenant par tous de Newbold, et nous détaillerons trois documents :

· Les Livres Maudits, de Jacques Bergier. Si l’auteur est la référence française en alchimie, mystique, histoire et mythologie égyptienne, rosicrucienne, franc-maçonne, aux côtés de L. Pauwels, il a été aussi un scientifique à ses débuts (même si l’on peut aisément conjuguer et marier la pensée scientifique et la pensée religieuse, ou idéologique). Le livre date de 1971, et présente un peu plus d’un dizaine de livres qui à travers les siècles ont été victimes de la censure politique ou religieuse, bien au delà des « simples » autodafés, anciens ou plus récents (ceux notamment de la Seconde Guerre mondiale). J. Bergier présente, sous un côté objectif, l’histoire de ces livres, et des conspirations attachées à leur destruction. Nous aurions pu prétendre à creuser le chapitre de 13 pages sur le Manuscrit Voynich si le reste de son récit était objectif, ou du moins le plus possible, et historique, dans les limites que nous impose l’Histoire. Or, J. Bergier a une trame tout au long de ses explications : il y a une conspiration historique et mondiale qu’il dénomme « les hommes en noir », ceux-ci étant chargés de détruire tout ce qui pourrait se réléver dangereux pour le monde, l’humanité, la vérité, et la croyance en Dieu. Ils seraient une « Saint alliance contre le savoir ». Si sa pensée, ses recherches historiques étaient bien construites, nous aurions pu creuser donc la piste qu’il développe. Mais dans certaines chapitres, nous pouvons lire des phrases du genre « j’aurai tendance à prendre Dee (John) à la lettre et à penser que par auto-hypnose produite par son miroir, ou par d’autres manipulations, il a réussi à franchir une barrière entre les planètes ou entre les dimensions », ou bien « …, ce qui ne ressemble à aucune langue connue (langue enochienne). Il paraît sue si on prononce correctement ce rituel, on est entouré par un ellipsoide d’invisibilité à une distance de 45 centimètres du corps. Je n’y vois pas d’objection ». L’hypothèse de J. Bergier sur le manuscrit est que la tentative de déchiffrement est passée par l’envoi de clichés photographiques dudit manuscrit à des scientifiques, et que les « hommes en noir », n’ont pas eu la puissance nécessaire pour éviter la propagation des photos, et ainsi auraient contraints Newbold à produire une traduction volontairement erronnée. Il conclut en disant que Newbold est mort de manière naturelle, ce qui tranche d’ailleurs avec tous les autres exemples qu’il prend, où forcément chacun décède par d’étranges moyens ou de mystérieuses façons.
· MS Voynich, an elegant enigma, de M.E. d’Imperio, de 1976. Ce livre, disponible aux éditions Aegean Park Press (USA), reste le plus complet, en 123 pages. C’est un ouvrage de compilation d’idées, de significations, de présentations de tout ce que l’on sait sur le manuscrit, sans que l’auteur tente d’y apporter ses lumières, ou sa vision du manuscrit. Il nous paraît objectif car le plus complet possible. Sa conclusion est « quelques suggestions pour des recherches ultérieures » développées en 5 points sur deux courtes pages :

· examen scientifique du matériau afin de procéder à des comparaisons par rapport à d’autres manuscrits historiquement authentifiés
· en savoir plus sur l’histoire du manuscrit en cherchant dans les archives, correspondances…
· recherches collatérales en alchimie, médecine, cryptographie au moyen-age
· saisir l’ensemble du texte en informatique, soit 250.000 caractères afin d’améliorer les chances de déchiffrement
· démarche globale du texte et des dessins, avec une approche regroupant les efforts de recherche de plusieurs scientifiques entre eux.

· La thèse de plus de 500 pages, d’Antoine Casanova, qui était un temps disponible sur internet. Cette étude est par certains égards remarquable. Elle est très quantitative, et cryptographique, ce qui paraît normal eu égard à la formation informatique de l’auteur. Il centre sa brillante étude sur le déchiffrement, avec des hypothèses, des moyens bien construits, réfléchis et ordonnés, digne d’une belle démarche scientifique. A ceci près, qu’il s’abstient de toute réflexion historique, artistique… pour affiner son étude. Les hypothèses prises pour comparer l’entropie du manuscrit à d’autres langues ou livres sont plus de l’ordre de la théorie que de la pratique. La théorie dans son cas a été de prendre différentes langues et différents livres de comparaison sans lien possible avec le manuscrit. La pratique aurait pu permettre de prendre des textes latins, tchèques, polonais… et des livres de cette langue et de cette époque pour tenter des comparaisons les plus pertinentes possibles

 

Mon idée

L’idée générale qui prévaut dans cette recherche est de comprendre l’intention de l’auteur, et de prendre les meilleures hypothèses. Il serait de toute façon extrêmement difficile à ce jour de décrypter ce texte en ayant la même structure prosaique et phraseologique que les alchimistes du moyen age. Il nous faut donc biaiser, c'est-à-dire d’avoir une approche lier sur la déductibilité.

La localisation du Manuscrit est inconnue. C’est un point sur lequel il n’est plus nécessaire de revenir, malgré l’importance qu’il revêt. Le niveau de lecture est lui aussi inconnu : texte en clair ou texte mystique une fois déchiffré. La langue d’écriture est elle aussi inconnue, du moins dans sa traduction, si bien sur une telle traduction est possible. Le but de la recette est également inconnu, même si nos conclusions nous a amenés à l’élixir de longue vie. Nous sommes dans l’inconnu, mais ceci n’implique en aucune façon que nous ne sachions rien de ce Manuscrit. Et travailler sur des hypothèses sérieuses nous permettra d’atténuer toutes nos interrogations et de passer de l’inconnu, non pas vers le connu, mais vers le probable, voire vers le plus probable.
Le premier postulat, qui peut paraître inutile, mais qui a toute son importance est que ce texte a un sens (même si on le rappelle l’application de la recette n’a aucun fondement dans la réalité).

La première hypothèse de travail est qu’en l’absence de savoir de quel pays ou contrée est l’auteur, donc de sa langue d’écriture possible, il faut retenir plusieurs langues possibles : français, anglais, allemand, italien, latin, polonais, et tchèque. 7 langues qui nous laissent un spectre large d’investigation.

Seconde hypothèse : quelle est la méthode de chiffrement qu’a pu utiliser l’auteur ? Il faut donc écarter les méthodes les plus récentes, et considérer la ou les méthodes de chiffrement les plus fortes ont été utilisées. Mesurer ensuite pour ces méthodes si l’analyse des fréquences est pertinente. Dans ce cas, il sera nécessaire d’analyser 7 textes proches du moyen age, dans les langues reprises ci-dessus, et considérant plus des textes alchimiques. Plusieurs études qui ont tenté l’approche des fréquences ont pris des textes anciens et plus récents, et davantage en littérature. Là, nous n’avons pas à faire à de la littérature, mais à un ouvrage de portée scientifique (pour l’auteur et pour l’époque). Ainsi, la comparaison des 8 textes (7 + Voynich) nous permettra de mesurer l’écart des textes entre eux.

Troisième hypothèse de travail : l’analyse des fréquences d’une langue donnée reste globalement identique d’une page à l’autre d’un livre. Cela revient à mesurer donc l’écart entre plusieurs pages des textes pour chacune des 7 langues, et faire de même pour le manuscrit Voynich. Pour une langue donnée, on prendra deux textes proches du XV et XVIe siècle, sur deux sujets différents. Il nous faudra mesurer l’écart de fréquence des lettres entre les textes eux-mêmes et à l’intérieur de chaque texte. La cohérence du manuscrit Voynich se mesurera également par la constance dans l’analyse des fréquences de plusieurs pages. Nous doutons qu’il y ait fondamentalement un changement de vocabulaire dans le manuscrit si le sujet est homogène et continu. Bien sur, le livre reprend les étapes de l’élixir de longue vie, donc possiblement un vocabulaire différent. Malgré cela, si le manuscrit est bien uniforme et cohérent, les différences d’une page à l’autre seront modérées.

Enfin, la mise en pratique peut se faire aussi de la manière suivante : prendre des textes d’époque (en français, latin, anglais, allemand, polonais, tchèque et italien), et les crypter avec des méthodes que nous avons vues dans les pages précédentes, c’est à dire celles qui pouvaient raisonnablement être utilisées au XVe ou XVI siècle. Ainsi, nous aurions sept langues et cinq méthodes de chiffrement, donnant ainsi trente-cinq textes. Ceux-ci pourront être comparés au Manuscrit Voynich, dans le cadre d’une analyse statistique.
La prudence sur cette méthode réside dans l’impossibilité de déterminer si le texte original est en stéganographie.

 

Notre conclusion sur l’écriture chiffrée

Au-delà de cette démarche littérale et informatique combinée, la question est de savoir si le texte est ou non chiffré. Notre avis est qu’il ne l’est pas, qu’il s’agit d’une écriture spontanée, maitrisée, mais totalement inventée. Le but de cette écriture inventée était suffisant : faire croire à l’empereur Rodolphe le contenu d’un puissant secret permettant une vie éternelle. Le contenu importait peu car il était lisible : une recette complète basée sur les plantes, les « humeurs » vitales en conjonction optimale (le terme est trop contemporain) avec les astres. Combinés ensemble, l’élixir serait produit. Or comme aucun élixir de cette sorte ne peut exister, le secret doit rester plein et entier, et ne peut être déchiffré. Imaginons qu’il le soit. Il y aurait alors la possible réalisation de cet élixir… qui même long à produire s’agissant de l’influence des planètes (dans le manuscrit) montrerait qu’il ne rajeunit pas. Et son auteur serait alors poursuivi ou écarté de la cour… ce qu’il n’aurait jamais souhaité, pour des raisons évidentes. Faire croire à Rodolphe II qu’ils étaient deux à détenir une vérité au-dessus de Dieu suffisait. Le secret absolu faisait gagner du temps, et n’entamait pas la confiance du souverain. Détenir un secret au-dessus de Dieu était l’apogée d’une vie d’empereur, car ce secret était contenu dans une recette, donc applicable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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