MANUSCRIT VOYNICH MS 408

HISTOIRE DU DECHIFFREMENT DU MANUSCRIT

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Nous avions bien dit en introduction que ces pages étaient aussi une série d’histoires, du manuscrit, de son histoire, de son auteur, de son contexte historique… et puisqu’il n’a jamais été déchiffré, l’histoire de ceux qui ont tenté de le déchiffrer. Dans ce chapitre, nous évoquerons les quelques noms qui ont accompagné l’histoire scientifique récente de déchiffrement du manuscrit. Nous tenterons de donner parallèlement un bref aperçu historique, les axes de recherche de chacun d’eux, et les failles des résultats de leurs recherches. Cela permettra au moins d’écarter des axes qui auraient déjà été travaillés, même si parfois, toute la rigueur scientifique n’a pas été constamment présente.

Les premières recherches sérieuses ont été commanditées par Wilfrid Voynich, suite à l’achat du manuscrit dans le monastère italien. Les premiers à s’être penchés sur ce manuscrit ont été un groupe de chercheurs : un paléographe de la Bibliothèque Nationale (Paris), qui avait d’ailleurs écrit un article sur un manuscrit alchimique crypté du XVe siècle, un professeur américain, spécialiste réputé de R . Bacon, un scientifique américain, le vice-président de la Société Royale Astronomique de Londres, et un cardinal du Vatican en charge des archives. Malgré ces compétences, nul n’est parvenu à un quelconque résultat tangible. Qu'à cela ne tienne, laissons le temps faire son oeuvre tout comme A. Wiles 350 ans après le théorème de Fermat démontra la preuve tant recherchée.

En 1919, quelques reproductions ont été en possession d’un professeur américain de l’Université de Pennsylvanie, William Newbold, étudiant en philosophie et sciences médiévales.
Il se mit au travail et affirma que le manuscrit était basé sur un code très compliqué, impliquant des anagrammes, d’une séquence allant de 55 à 110 caractères. Il présenta des solutions de plusieurs pages, sur des textes complets. Pour lui, ce texte émanait de R. Bacon. En avril 1921, il présenta donc sa solution, aux côtés de W. Voynich, et par un professeur de médecine qui valida la démarche de Newbold. En 1926, Newbold décèda, et le livre qu’il avait voulu écrire ne parut qu’en 1928, supportés par deux scientifiques réputés.
Mais en 1931, John Manly écrit un article pour critiquer la théorie de Newbold, en y exposant les points faibles de la méthode employée. Newbold n’a en fait pas vraiment utilisé les lettres elles-mêmes du manuscrit, mais les irrégularités des formes des lettres comme lorsqu’elles sont vues sous une loupe, et il les convertit en lettres. Mais le manque de sérieux de sa solution basée sur les anagrammes a été cependant la principale objection.

Nous voudrions également apporté la contribution d'internet au travers des messages que j'ai pu conserver depuis cinq ans (environ 10 000 emails envoyés sur la mailing-list Voynich).
10 000 messages en 5 ans, et la liste a été créée il y a plus de 10 ans. La progression du nombre de messages n'a pas été linéaire, mais depuis deux à trois ans est plutôt géométrique voire maintenant quelque peu exponentielle.
Chaque page du manuscrit a été passée au crible, chaque dessin, chaque écriture, chaque lettre quasiment. Des mises en parallèles ont été proposées, suggérées, analysées, critiquées, mises en lumière... par des passionnés qui voyaient davantage leurs références culturelles que celle du manuscrit qu'ils étudiaient.
Certains ont claironné avoir la solution en mettant en appétit cette communauté de curieux et de passionnés. D'autres ont proposé un séminaire (payant... et cher) pour décrypter le manuscrit. Aucun des messages disant que la solution était trouvée n'a tenu plus de quelques jours : aucune solution de près ou de loin, que ce soit des passionnées ou des scientifiques (que ceux-ci aient ou non écrits dans des revues scientifiques) en passant par des historiens, mathématiciens, cryptologues... Claude Martin qui affirme à grands fracas avoir trouvé la solution du manuscrit ne donne que peu ou pas d'informations pratiques. Personne ne demande plus qu'une page déchiffrée et sa méthode de résolution). Une autre personne, Antoine Casanova, dont la thèse circule sur le net, tente à sa façon d'apporter un éclairage très quantitatif. Tous ont un biais : ils attribuent la forme des caractères du manuscrit à celle des lettres de notre alphabet. C'est un parti pris que des exemples dans l'histoire des écritures dément aisément. Faire correspondre une forme à une autre est une possibilité parmi de nombreuses autres, de si nombreuses que des programmes informatiques pour tout analyser devraient être extrêmement puissants, même avec nos puissances de calcul actuelles. Faute de quoi, chaque personne, sérieusement concernée par le déchiffrement de ce manuscrit sont en général de simples passionnés, n'ayant pas tout le temps disponible pour des recherches approfondies. Il semble étrange que très peu (trop peu) de chercheurs, d'universitaires en histoire médievale par exemple, n'apportent guère plus de contributions, et encore celles lues dans telle ou telle revue sont là aussi pleine d'éclats sans conclusion notable.

Tous les pays sont également passés au crible dans l'analyse du manuscrit qu'il furent anglais, italien, anglais, allemand, français, asiatique, arabe, hébreu, sud-américain et j'oublie certainement beaucoup de provenances... comme autant d'inscrits à cette mailing-list ne voyant que leurs propres paramètres sociaux et historiques pour tenter d'aboutir à une solution.

J'avais proposé en son temps une méthode beaucoup plus solide pour organiser la recherche : créer des thèmes bien définis et rédiger / diriger chaque message dans le bon classeur thématique afin d'éviter les redites et gagner en efficacité, c'est à dire que chaque messsage aurait apporté sa pierre à l'édifice. Aucun ne l'a voulu, et tous préféraient l'entropie, la croissance du désordre, dont les conséquences ont été que des messages, idées, réflexions posées en instant t ont déjà eu des réponses, remarques, critiques et commentaires en un temps t-1.

Comment alors juger de la pertinence de ce groupe de passionnés dont certains arborent leur casquette scientifique pour la qualifier de sérieuse dans l'établissement d'une solution. Un scientifique qui n'aurait pas de méthode est-il un bon scientifique ? Connaître les buts, s'organiser en conséquence, définir le process de recherche reste un préalable fondamental. Si certains scientifiques dans cette mailing-list s'en dispensent, sont-ils alors scientifiques ou alors empiristes... et corrélativement peuvent-ils réussir le déchiffrement ?

Malgré d'autres modes de contact (podcast, conference call...), l'inorganisation actuelle de la recherche persiste et ne permet pas d'avoir une recherche constructive. Ce jugement semble assez sévère, mais reflète la réalité.

Il est flagrant de voir que toutes les méthodes quantitatives, aussi précisent soient-elles sont mises en oeuvre indépendamment du contexte historique. Tous résonnent avec leurs critères actuels. Un des exemples les plus flagrants est que les lettres du manuscrit sont mises en équivalence avec celles de notre propre alphabet. Or il existe de très nombreux exemples où la correspondance d'alphabets inventés (pour lesquels les auteurs ont donné leur clef d'inventivité) et notre alphabet latin n'existe pas du tout. Un exemple parmi d'autres (et ici lié à une vraie volonté de cacher le texte à transmettre) : celui de Marie Stuart.

mariestart

Enfin, tout le monde partant donc du principe que les lettres du manuscrit doivent correspondre à des lettres de notre alphabet, et partant d'une hypothèse hasardeuse, des conclusions peuvent et sont forcément fausses.

La nécessité de se mettre à la place du scripteur est essentielle : connaître les techniques de chiffrement du XVe siècle, lire les images, lier texte et images, lier les parties du manuscrit entre elles, assurer un continuum du manuscrit devraient être la base pour les futurs contributeurs à la recherche sur ce manuscrit.

 

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